Archives pour la catégorie Montréal / New York

Inukshuk

Alice se rappela qu’elle était un Pion et qu’il serait bientôt temps pour elle de se déplacer *

Coaticook, Québec
Un Inukshuk, Coaticook, Québec (pour ne pas s’égarer)

Mes souvenirs de ce voyage sont d’un flou agaçant; je crois que Cody ne se rappelle absolument rien – ni cela ni autre chose. **

Lewis Carroll, La Traversée du miroir (trad. Laurent Bury) / ** Jack Kerouac, Visions de Cody (trad. Brice Matthieussent)

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Hi, Jack (8)

De Brooklyn Heights
De Brooklyn Heights

Elles sont toujours là. Les tours. Les tours sont toujours là. On ne voit que leur absence.  « On continue de penser à avant. A tout ce qu’on imagine, parce qu’on en a tellement parlé. Un trou en béton dans le paysage, un vide en béton, comme quand on perd un membre paraît-il et qu’on le sent encore (..) », Thomas B. Reverdy L’envers du monde (Seuil, 2010). Quand il évoque « le trou en béton », c’était alors encore Ground Zero. Mais même aujourd’hui, malgré le Mémorial, malgré la One World Trade Center qui domine New-York, (plus grande tour du monde occidental, et cette appellation a quelque chose de franchement arrogant et provocateur), on voit les tours comme des tours fantômes où que l’on soit. La première (et dernière) fois que je suis allée à New-York, c’était en 2001. Six mois avant les attentats. Je suis montée dans l’une des deux tours le 12 mars, jour anniversaire de Jack K. (le mien aussi par ailleurs mais c’est plus anecdotique). J’ai gardé le ticket qui indique « Top of the world Trade Center », ticket longtemps glissé entre les pages de L’attrape-coeurs de Salinger. Forcément j’y pense. Forcément je retourne sur les lieux. A la place des deux tours géantes, donc, deux trous énormes. C’est le Mémorial : deux bassins à l’exacte place des Twin Towers, et cette eau qui se verse à l’intérieur, mais comme si cela se faisait dans le vide, puisque jamais les bassins ne se remplissent. L’eau disparaît. C’est un tombeau à ciel ouvert. Tout autour de ces bassins, les noms des victimes. Emouvant. Et malaise quand même. Des centaines de touristes. J’en fais partie. On veut voir. Vérifier peut-être ce que la presque planète entière a vu en direct sur des écrans. Ce qui a été le ground zero d’une autre période de l’Histoire et qui a ouvert ce déprimant XXIè siècle. Je me souviens de cet écrivain new-yorkais qui a témoigné peu de temps après les événements (je ne sais plus qui était cet auteur, mais ce qu’il a dit alors m’avait frappée), disant je voyais les tours de chez moi, je voyais les flammes, et pourtant j’ai allumé le poste de télévision pour vérifier que c’était bien réel. Mon malaise ira jusqu’à l’écoeurement avec cette boutique dédiée au 9/11 : on vend là des mugs, des bracelets, des tee-shirts, des casquettes en souvenir de l’événement. Business as usual. L’Amérique est comme une grande machine qui avale son Histoire au fur et à mesure, la transforme en fiction, et c’est ainsi qu’elle se bâtit sa propre légende. C’est une foutue raconteuse d’histoires. Ground Zero c’est « (..) un petit triangle des Bermudes new-yorkais, capable de subtiliser des gratte-ciel. C’est un envers. L’envers de l’attentat, l’envers du monde, de nos vies. C’est la douleur et le mal, la mort, l’absence, l’endroit où les choses que nous connaissons disparaissent en laissant une place vide qui est de la place pour des mots, pour du sens. Une fiction ». Thomas B. Reverdy, id. Juste avant de quitter Montréal pour New-York, mon hébergeur me raconte son histoire, sa version. Il est Canadien et Américain, il dit plutôt New-Yorkais qu’Américain d’ailleurs. Il a partagé sa vie pendant trente ans entre Montréal et New-York où il avait un appartement dans le Village. Il est amoureux de New-York. Au lendemain de l’attentat, il se rend en voiture à New-York pour se porter volontaire. Il a encore du mal à en parler. Il ne trouve pas les mots et se mélange entre les deux langues, c’est troublant. Arrivé sur place donc, il rejoint un groupe de volontaires et demande à un chef pompier quoi faire. Il évoque le grand casque du pompier, les cendres et la masse, l’énorme masse – ce qui reste des deux tours. Avec des gestes, il désigne un géant mort, du moins, c’est ce que j’en comprends. Pour toute réponse, le chef pompier montre un rang de pompiers assis là, attendant eux aussi des ordres. Et mon hébergeur comprend qu’il n’y a rien à faire. Pas de vie à sauver. Pas de corps à extraire. Rien. Il ne reste rien. Il a alors pris un genre de balai et il a nettoyé, balayé les cendres. Et je voyais la scène, cet homme dans les cendres. Parce qu’il fallait quand même faire quelque chose. C’est une histoire vraie, mais qui a tout d’une fiction littéraire ou cinématographique. « Les histoires de fiction surgissent toujours d’un lieu donné. Inventer, c’est fouiller dans ce qui existe, l’exhumer et construire d’une autre manière ce que l’on a trouvé. L’entrecroisement de la réalité et de la fiction. Elles sont presque toujours une seule et même chose. Elles sont soeurs jumelles dans les pages d’un roman. Elles sont un miroir qui reflète la même image sur ses deux faces (…) », Alfons Cervera Les chemins du retour (trad. G. Tyras, Editions la Contre Allée, 2015). Alors je pense à Jack K. et ses reconstructions à partir de son vécu, alors je pense à Alice et son miroir.

Mémorial du 11/9
Mémorial du 11/9

« America I’ve given you all and now I’m nothing (…)  / When will you look at yourself through the grave ? »  America in Howl, Allen Ginsberg (Christian Bourgois)

Hi, Jack, this is Alice (7)

Plafond de la librairie française, Albertine, sur la 5e avenue
Plafond de la librairie française, Albertine, sur la 5e avenue

Jack se fait des mondes de rien. Jack démultiplie tout ce qu’il voit. Jack devient grand. Jack devient petit. Jack invente des vies à partir des visages croisés. Jack transforme et se transforme. Jack ne se sent pas de limites. Ces quinze centimètres de miroir contiennent aussi les piétons, qui respectent les mêmes lois de mouvement et de reflet, mais à une distance moindre, car ils circulent plus près de la vitrine, en fait à proximité du miroir magique, et ils ne filent pas sur la chaussée que j’aperçois très loin. Alors que je surveillais ma « rampe lumineuse », une voiture est arrivée et s’est garée dans le cadre : j’aperçois un pare-chocs étincelant, flambant neuf (…) et sur les protubérances de ce pare-chocs arrondi je distingue de minuscules reflets délirants d’objets et de lumières (comme lorsque votre nez grossit à mesure que vous vous approchez de son reflet), ces images minuscules, trop petites pour que je puisse les observer en détail de l’endroit où je suis, dansent (..) alors je connais ce grand sentiment immortel et métropolitain d’appartenance à la ville que j’ai découvert (comme chacun d’entre nous) dans ma petite enfance…  Jack Kerouac Visions de Cody.

Alors Jack pense à Alice. Jack pensait perdre Alice dans la foule, mais Alice est là, dans le métro,

Affiche pour l'expo de la Morgan Library, métro
Affiche pour l’expo de la Morgan Library, métro

dans la librairie française Albertine, sur la 5e avenue, et Jack voudrait bien échapper à Alice, trouve Albertine, mais c’est Alice qui se montre.

Un "Alice" illustré par Pat Andréa, librairie Albertine
Un « Alice » illustré par Pat Andréa, librairie Albertine

Jack fuit dans la ville. Jack s’enfonce dans le parc et c’est toujours Alice.

Alice, Central Park
Alice, Central Park

Jack n’avance pas, à force Alice est devenue le double de Jack. Jack doit se réinventer. Jack pense à Neal qui est aussi Cody qui est aussi Dean. Jack doit partir.

Ce voyage en profondeur, donc, commence. Jack Kerouac

Hi, Jack (6)

Quartier DUMBO, Brooklyn
Quartier DUMBO, Brooklyn, le pont de Williamsburg

Mais nom d’un chien Jack K. ne devait jamais dormir, comment a-t-il fait pour tout arpenter, tout enregistrer, tout capter, tout ressentir, tout écrire – je ne parviens pas à écrire, je ne parviens pas à décrire tout ce que je vois ( et surtout à rendre la totalité ) – et là, maintenant, je suis sous le pont de Brooklyn, je lève la tête et je vois le ventre du pont, je mange une pizza chez Ignacius où tous les serveurs sont Mexicains, il fait une chaleur à tomber dehors, et ce pont, et forcément je pense aux affiches de films qui m’ont nourrie Manhattan de Woody Allen (un montage, comme je l’ai appris plus tard, car il était impossible d’avoir cette vue, ce banc au premier plan et le pont de Brooklyn derrière, sous cet angle-là) ou Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, New York est une fiction, je suis dans un décor de film, chaque photo est une scène, une promesse de fiction,

Une
Une « pop-up pool », à proximité de Battery Park

les flics, les scènes de la vie quotidienne, les affiches, les lumières, les buildings, les enseignes, les dinner, le métro, les taxis, les théâtres, New York est une ville de fiction, le sujet ne s’épuise jamais, mais comment la dire encore, je n’écris pas de fiction, je suis juste un papier buvard, j’imprime et j’absorbe – et sur la Brooklyn Heights Promenade, je vois passer au-dessus de moi une mouette ventre aux reflets rouges du soleil couchant, peut-être que c’est mon imagination, peut-être que c’est aussi une manière de rendre compte de la ville gigantesque, tentaculaire, par de petits riens, je touche mon crâne, cheveux presque ras, une expérience ajoutée à d’autres expériences, je traverse des villes et veux être traversée par elles, mais en vérité, je n’ai pas à vouloir, cela se passe, c’est tout, je reste sur Brooklyn, face à la Skyline, et médite le célèbre passage de Nicolas Bouvier, Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.

Vue sur Manhattan, de Brooklyn Heights
Vue sur Manhattan, de Brooklyn Heights

Hi, Jack (4)

Times Square, juillet 2015, "Je suis seul et perdu dans ce décor, bonsoir", Jack Kerouac, "Visions de Cody"
Times Square, juillet 2015, « Je suis seul et perdu dans ce décor, bonsoir », Jack Kerouac

« (..) je me balade vêtu comme un clochard à la dégaine miteuse, je n’ai pas de Fishkin pour m’accompagner, à moins que je ne sois ivre, et je passe le plus clair de mon temps à regarder les lumières frénétiques de Times Square (l’énorme publicité pour Quo Vadis qui en ce moment monte presque jusqu’au toit de l’hôtel Astor, une femme bleu ciel ligotée à un poteau plus grand qu’elle, avec des ampoules et des néons bleu ciel figurant une Rome constituée d’immeubles XVIIIe siècle de Pittsburgh, dans le style géorgien, et puis des parthénons grecs, MGM présente en néons blancs, suivis d’un énorme QUO VADIS illuminé, d’abord quelques ampoules, puis toute la rampe, puis des clignotements, puis des éclairs, puis un orgasme de lumières-clignotements-éclairs, comme si tout le panneau publicitaire jouissait), le tout plus énorme que le DIX GRANDS HOMMES voisin, qui était le plus impressionnant que j’aie jamais vu avant l’apparition de QUO VADIS, je suis seul et perdu dans ce décor, bonsoir ».   Jack KEROUAC, « Visions de Cody ».

Hi, Jack (3)

A la croisée des chemins, quelque part entre Montréal et New-York
A la croisée des chemins, quelque part entre Montréal et New-York

Le train traverse des hectares de champs de maïs avant d’arriver à la frontière, un magasin duty-free dézingué, et un panneau vert Welcome in New-York (l’Etat), Miller Steet Redemption – une église – le long de la voie, deux heures à la frontière, Roses Point, un type se fait arrêter – blanc, chemise hawaïenne rouge et short, de grosses valises, visage placide, aucune résistance, il est embarqué et enchaîné sur le quai, chaînes aux pieds et aux mains – Welcome in  New-York, et nous longeons l’Hudson jusqu’à New-York (la ville), sous un pont All you need is love et fleur, Plattsburgh Station, Port Kent, des forêts où l’on commence à voir roussir des feuilles – je me sens si loin de l’automne, si loin de tout à vrai dire – ciel orageux, barrières blanches en bois, toits rouges, l’Hudson, massifs de l’Adirondak, c’est aussi le nom de la ligne du train, Westport, dans le train je croise deux couples de Amish – m’étonne de les voir dans un train, ont-ils changé leurs règles de vie – sur un panneau cut train, Saratoga. Stop. Un train juste devant le nôtre a déraillé, un train de marchandises, il nous faut débarquer. Un bus nous emmènera à Albany avant de prendre un autre train, deux heures de voyage en plus des dix heures, la fatigue, mais rien n’entame mon enthousiasme, le voyage commence dans les sorties de route, traversons deux villes imprévues, Saratoga Springs, Albany, sur la route – Ushers road, Groom Road, Riverview road – une ville appelée Halfmoon, nous frôlons le Massachussetts, l’Etat de la ville de Lowell où est né Jack K. – la ville est à deux heures – à Albany des buildings, dans une petite rue le portrait d’un vétéran prêt à être accueilli, on continue de fabriquer des héros en Amérique, et les drapeaux étoiles qui claquent sous les porches, Albany la ville de l’auteur de L’homme clé, Luke Rhinehart, cette semi-fiction d’un homme qui joue sa vie aux dés, l’auteur a vécu dans différents pays en jouant la destination aux dés, absurdité de l’existence poussée jusqu’au bout, et pourquoi pas – le second train, la nuit, filons enfin vers New-York, gare de Pennstation, près de minuit, et dans un taxi jaune – chauffeur indien – à tombeau ouvert – direction Brooklyn, on descend Manhattan, le pont de Williamsburg, quartier juif puis le quartier de l’hébergement, intérieur africain – Nigeria me dit-on, l’épuisement et l’envie de retourner au coeur de la ville, lumières, vitesse, énergie.

Saratoga Springs, station
Saratoga Springs, station

Hi, Jack (2)

« Quelque part, là-bas, très loin, New-York la démente, la ténébreuse, vomissait son nuage de fumées et sa vapeur brune. L’Est, c’est le pôle du brun et du sacré(..) » Jack Kerouac (photo : Corbis/Allen Ginsberg, Manhattan, 1953)

Je suis à la page 55 de Visions de Cody de Jack Kerouac, une pinte Belle-Gueule sur la table collante d’un bar sur l’avenue Mont-Royal, carnets, bouts de papier, le brouhaha du 5 à 7, la musique – et je crois bien que ce sont les B’52’s mais comment en être sûre avec les voix qui montent et qui couvrent la musique avant que la musique elle-même ne monte et ne couvre les voix, c’est sans fin, on devient vite un peu dingue – j’en suis donc à cette page 55, et me demande combien de fois j’ai acheté d’exemplaires de Visions de Cody, combien de fois suis-je partie sans ce livre et combien de fois, à chaque fois, il m’a manqué – je le rachète régulièrement au gré des déplacements, neuf ou d’occasion – cette fois-ci c’est un poche neuf, je découvre une nouvelle couverture, traduction du toujours impeccable Brice Matthieussent, bagnole bleu ciel, publicité américaine peinte – et chaque fois, bon Dieu, chaque fois la même chose. The Visions of the Great Remember (titre original) m’hypnotise dès les premières lignes – une fille plutôt jeune parle toute seule à sa table, tee-shirt à rayures, un jeune homme aux dents incroyablement espacées fait la cour à une jeune femme mais je ne vois que son dos, un groupe de gars autour d’une table comme des collègues après une journée de travail – je me disperse, mais comment faire, je lis quelques lignes de ce fichu bouquin, le texte me submerge, je dois lever la tête pour respirer et faire descendre les phrases et la bière. Kerouac est un sorcier, il fait de simples descriptions du New-York des années 50, et puis Cody, Cody, double du Dean de Sur la route, figures démultipliées du vrai Neal Cassady, alter-ego de Jack K., et à cause de ces doubles, de ces miroirs, je pense à Alice, la bière est un peu forte, je relis en sautant des pages, je relis par fragments, je relis à l’envers, je relis et ce n’est plus la table qui colle à mes avant-bras, c’est le texte qui se colle comme des journaux qui se plaqueraient à moi sous le vent, c’est ça, le texte claque, ce ne sont pas de simples descriptions, un restaurant, la rue, des gens, un cinéma, et Cody et son père, ce foutu Cody avec les clochards, ce sont, aussi toutes les digressions de Jack K. et Proust n’a qu’à bien se tenir – d’ailleurs Jack K. lit Proust, l’écrit p. 37, « (..) il semblait progresser lentement, mais j’avais du mal à ne pas me faire semer – et je pensais « Heureusement que j’ai mon Proust sur moi – au cas où je doive le suivre tout au long jusqu’à Paradise Alley, sa destination probable, là-bas au bord du fleuve ils remarqueront non seulement que mon livre est tout abîmé, mais aussi que je ne m’en sépare jamais parce que je le lis pour de vrai, et qu’il me fascine tellement dans les rues, comme il les fascinerait, eux » (..) » Kerouac écrit à 360°, il capte tout d’une scène, ce qu’il voit, ce qu’il ne voit pas, ce qu’il perçoit de quelques secondes avant et après, le dicible et l’indicible, Visions de Cody est mon Graal -mais qu’est-ce que fiche cette fille à présent, et ces deux-là au bar à la manière dont l’une regarde l’autre, la tête penchée, le rire, elles ne rentreront pas l’une sans l’autre, le garçon aux dents espacées se lève avec la fille de dos, une cigarette dehors, les verres encore pleins, un type tape fort sur le clavier de son ordinateur derrière moi, deux filles à côté de moi parlent d’être artistes à Paris – je dois finir cette phrase, un type me parle, c’est le serveur, non pas d’autre bière, d’ailleurs je n’ai pas fini la mienne, je n’y arrive pas, je suis prise à l’intérieur du livre, les pages collent, les deux filles ne sont plus qu’une, le soleil énorme descend jusqu’à nous entre deux immeubles, les hommes au comptoir de plus en plus fort, que rien ne m’échappe,  le soleil disparaît, je fixe mon Graal de 700 pages, je bois les mots, je referme la bière, et je pense aux jours prochains, « Ah, nos coeurs fous », à Jack K. et à New-York.

« Dans cette cafétéria blanche, par une froide soirée new-yorkaise de novembre, une immense baie vitrée donne sur la rue (la Sixième avenue), des néons intérieurs se réfléchissent sur la vitre, qui à leur tour éclairent les murets du jardin japonais, lesquels sont donc eux aussi réfléchis et comme accrochés dans la rue avec les tubes de néons (ainsi que d’autres objets éclairés et réfléchis, telle cette énorme porte verte, haute de sept mètres, avec sa pancarte rouge et blanc indiquant la sortie, réfléchie près des tentures sur la gauche, une colonne couverte de petits miroirs tout près de la vitre, on distingue vaguement les tuyaux de plomberie blancs et au sommet de tout ça, à droite, les pancartes qui, en bas de la vitrine, sont tournées vers l’extérieur, et annoncent Assiette végétarienne 60c, Croquettes de poisson avec Spaghetti, Pain et Beurre (sans prix), elles aussi réfléchies ) – ainsi voilà une grande scène du New-York nocturne avec voitures, taxis et gens pressés (..) »  . Dans la préface, Allen Ginsberg évoque le texte de Jack K. « Loin de toute attitude critique, K. est présent dans la méditation solitaire du monde, il observe un événement réel, « l’esprit agrippé aux objets » (..) créant un univers global de perceptions, hors de toute manoeuvre intellectuelle (..) complètement présent à l’écoute du monde (..). »

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