Archives pour la catégorie Appartement 22

Nous, inutiles

 

 

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Quelque part en France en 2017….

Nous les inutiles, les gens qui ne sont rien (1), nous les gens d’en bas (2), nous les sans-dents (3), nous le bruit et l’odeur (4), nous la racaille (5), nous qui ne pouvons nous payer un costard même en travaillant (6), nous qui n’attendons rien des autres (7), nous les illettrés, (8), nous les moujiks, nous les comédiens, les auteurs, les danseurs, les musiciens, les peintres, nous les Comoriens, nous les apprentis, nous les éloignés de l’emploi, nous les cabossés de la vie, nous coûtons.

Comme coûtent la culture, l’éducation, la santé, les services publics. Qu’a cela ne tienne ! Supprimons les contrats aidés ! Et pourquoi pas supprimer le RSA? Les allocations chômage ? On se demande à qui profite cette volonté de précariser plus. De faire peur. D’agiter des chiffons rouges. Tremblez, vous les inutiles ! Puisque vous ne vous transformerez pas en « emploi à long terme ». Devenez une start-up, créez votre entreprise, soyez votre employeur! Désormais, le pays n’est plus qu’une grande entreprise sans projet commun, juste un grand livre comptable.

Pour faire société, destin commun, il faut faire avec tout le monde, et donc avec les illettrés, les Comoriens, les moujiks, les gens qui ne sont rien, la racaille, les cabossés. Quoi que vous disiez, avec ce mépris de classe insupportable.

« Paradoxalement, les institutions devraient garantir le droit à la fragilité des individus. Le droit, en somme, de ne pas renoncer à sa propre humanité. » Roberto Scarpinato, Le dernier des juges, éd. La Contre Allée.

(1) Emmanuel Macron  (2) Jean-Pierre Raffarin  (3) François Hollande  (4) Jacques Chirac (5) Nicolas Sarkozy  (6) (7) (8) E. Macron etc… etc…

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Un mur de Nantes, 2017

Plus de 200 000 personnes sont en contrat aidé. Dans des services publics, et dans des associations. Celles-ci ont plus de mal à (se) mobiliser, mais il existe une pétition, un texte, ci-dessous, à lire, à signer, à faire circuler.

FIN DES CONTRATS EN CAE-CUI : NOUS DEVONS RÉAGIR !

Acteurs des entreprises culturelles, de la vie associative…,
Depuis quelques semaines, l’état a gelé les signatures et renouvellement  des CAE (contrat d’aide à l’emploi) et des CUI (contrat unique d’insertion).  La cause ? Une prétendue enveloppe budgétaire vide. Des milliers de salariés se retrouvent aujourd’hui au chômage et les chômeurs – souvent en fin de droit – qui espéraient une signature de contrat, sont dans une situation plus que précaire. Nous ignorons ce qui se passera en 2018. Il est pourtant très probable que ce début d’année signifie la fin de ces contrats donc une augmentation conséquente du chômage et  la difficulté de beaucoup d’associations et de petites entreprises.

POUR LES ASSOCIATIONS ET LES ENTREPRISES :
La fin des CAE-CUI signifie la fin des subventions  gouvernementales à l’embauche. Des entreprises et associations françaises survivent grâce au travail des salariés sous contrats aidés car elles n’ont pas les moyens de mettre en place des CDD et CDI. Un grand nombre d’entre elles ne pourront pas maintenir leurs activités et seront parfois même obligés de fermer par manque de moyens.  Pour certaines entreprises ou associations ,ces contrats sont le seul moyen de perdurer.

POUR LES CHOMEURS ET LES SALARIÉS :
La fin des CAE-CUI signifie la perte d’un revenu mais aussi la perte d’un lien social, d’un système de réinsertion dans le milieu du travail déjà précaire. Les CDI et CDD long terme sont de moins en moins nombreux sur le marché du travail et ces contrats sont une solution au chômage persistant qui gangrène la société.
L’Etat n’a pas le droit de paralyser l’activité des entreprises et des associations (et souvent même des collectivités) en décidant de supprimer des contrats qui permettaient jusqu’alors à environ 200 700 personnes d’avoir un travail. Nous devons agir, pour notre avenir et celui de notre société.

Merci de signer cette pétition sur le site : http://www.petitions24.net/cae
Si vous n’êtes pas concernés par cette mesure, n’oubliez pas que dans votre entourage, certains le sont peut être. N’hésitez donc pas à envoyer ce message à tous vos contacts !
Pour plus d’impact, imprimez ce message et envoyez-le au Ministère du travail :

Ministère du Travail, de la solidarité et de la Fonction publique
Cabinet de monsieur le Ministre                                                                         127, rue de Grenelle 75007 Paris 07 SP

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Un bon jour pour mourir

 

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Sam Shepard

Il y a des jours comme ça….

« J’étais bien parti dans 80 acres de nouveau pâturage et ma tête ne voulait pas arrêter. A travers les jeunes pousses vertes, je pouvais voir dans les empreintes laissées par le dernier passage du tracteur. Dans les dépressions profondes laissées par les empreintes du bétail dans la terre boueuse quand l’herbe avait été broutée jusqu’aux racines jaunies. C’était quand ils avaient creusé le pare-feu. Je sentais que mon corps voulait bien aller s’y coucher, mais ma tête ne voulait rien entendre. Je pouvais voir qu’ici l’heure du jour se lisait beaucoup plus clairement. Qu’ici toutes les choses comprenaient intimement que le soleil s’en allait. Que les faucons même l’abandonnaient. J’avais l’impression que quelqu’un m’appelait là-bas, près de la grange. En fait, j’entendais leur voix, et je me retournais pour voir. Il n’y avait personne.  Je suis reparti vers l’intérieur des terres, me demandant jusqu’où aller. Exactement la même question que je m’étais posé nageant dans l’océan. Quel est le moment où aller plus loin devient dangereux ? Et j’ai réalisé que le moment où on se pose cette question c’est quand on pense qu’on est allé trop loin. »

18/12/79, Petaluma, Ca.

Extrait de Motel Chronicles, Sam Shepard (C. Bourgois, 1985, trad. Pierre Joris)

J’apprends la mort de Sam Shepard alors que je relis Un bon jour pour mourir de Jim Harrison. Le livre me brûlait déjà les mains car sur la quatrième de couverture on évoque une virée à travers l’Amérique des années 60, sorte de Jules et Jim… et ce matin l’annonce de la mort de Jeanne M. Alors je repose le livre de Jim, reprends celui de Sam.

de l’herbe haute haute / en bordure du terrain de jeu bitumé / je te vois qui me dévisages // je te vois quand tu ne sais pas que je te regarde / et chaque coup d’oeil que je vole / ajoute un jour à ma vie

 

Escale à Detroit via Saint-Nazaire

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Comme le répète l’écrivain Roberto Ferrucci, à qui veut l’entendre ,« Saint-Nazaire est la plus belle ville du monde… après Venise ». Il sait de quoi il parle : Vénitien, il a séjourné en résidence d’écriture à Saint-Nazaire dans le cadre de la MEET, et depuis, il retourne régulièrement dans la ville qui construit les paquebots-immeubles de croisière qui détruisent la lagune de Venise. Ce qu’il évoque dans Venise est lagune aux éditions de  La Contre Allée (dans la collection Les Périphéries, 2016).  Il n’a toutefois pas réussi à convaincre la Nazairienne que je suis. Même si je suis très attachée à celle qui demeure « ma » ville, si je mesure au fil du temps sa forte identité, et comme cette identité fait partie de moi. De l’écriture même. Quand j’ai commencé à écrire Notown, sur la ville de Detroit, c’est Saint-Nazaire, aussi, que j’avais en tête. Ville ouvrière, culture et histoire ouvrières, fierté des savoirs-faire, luttes etc… Et puis voilà que le festival des Escales propose trois jours de musique autour de la ville de Detroit. Celle qui a porté Iggy Pop, Eminem, le label de la Motown… Le programme est là http://www.festival-les-escales.com/programmation/

C’est ainsi que je suis invitée à lire des extraits de Notown (réédité dans « ma » maison La Contre Allée ) par la librairie L’Embarcadère, 41 avenue de la République, Saint-Nazaire donc, samedi 29 juillet à 16h. Et c’est la première fois que je vais lire dans « ma » ville. Ça mérite bien une petit musique du label de la Motown avec The Temptations et une petite danse dans sa salle de bains…

 

 

Coeur

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Affiche de la lecture en octobre 2016

Après Olivier Domerg, Anne Kawala (qui en aura finalement écrit tout un ouvrage Au coeur du coeur de l’écrin, chez Lanskine http://www.editions-lanskine.fr/livre/au-coeur-du-coeur-de-lecrin )et avant Samantha Barendson, j’avais été invitée à écrire et lire un texte autour de l’écrin du coeur d’Anne de Bretagne, exposé au Musée Dobrée, à Nantes. Invitation de la Maison de la Poésie de Nantes, en partenariat avec le Grand Patrimoine de Loire-Atlantique. J’ai donc écrit deux variations autour de ce coeur, deux textes, l’un en prose, l’autre en vers, à la fois distincts et indissociables : Anne de B. : Trois lunes et trois soleils suivi de Mille aurores. Le texte est aujourd’hui disponible sur le site du Grand Patrimoine https://grand-patrimoine.loire-atlantique.fr/jcms/les-services/les-editions/publications-electroniques-/-lectures-poetiques/publication-electroniques-/-lectures-poetiques-fr-p2_305573

Extrait

 

Jour 2 (soir),

 L’auteure s’ennuie. L’auteure écoute en boucle Massive Attack. Et cette vidéo d’Unfinished Sympathy, long plan-séquence où la chanteuse Shara Nelson descend sur Pico Boulevard, Los Angeles. Elle avance force regard force démarche ignore l’alentour marche ininterrompue. L’auteure s’égare. Mais Anne surgit devient Shara. Pico Boulevard la Loire. Comme ça. L’auteure s’y croit.

Elle écrit,

Je me vole mon cœur

je l’ai arraché des arracheurs du cœur de mon corps mort

je reprends ma vie et mon cœur et son écrin

j’embarque sur la Loire prends corps avec elle

 (comme ça une femme qui prend large sur la Loire hiver 1514 de Blois comme ça le cœur posé dans la barque dans son écrin d’or comme ça Anne princesse de Loire et Reine de France et Duchesse de Bretagne comme ça qu’elle quitte terre et glisse et l’hiver glacial sous un ciel rouge aurore comme ça)

 

 

Comédie

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Lire. Toujours. Relire. Préparer les rencontres de ce week-end. Les éditions de La Contre Allée sont à l’honneur les 19, 20 et 21 mai à la Comédie du Livre, festival de littérature de Montpellier, qui a pour thème cette année, les littératures de la Méditerranée et de la Grèce. Les auteurs de la maison présents au festival seront Isabel Alba, Alfons Cervera, Amandine Dhée, Roberto Ferrucci, Thomas Giraud, Pablo Martin Sanchez et Sara Rosenberg.

On peut aller voir leurs livres de plus près ici : http://www.lacontreallee.com/, et surtout les lire !

On peut se procurer le riche programme de la Comédie du Livre ici : http://comediedulivre.fr/

Avec Témoin et Moujik moujik suivi de Notown, je participerai à un débat vendredi avec Isabel Alba et Alfons Cervera autour des « Voix invisibles ».

Utile

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Alors voilà. On a fait oeuvre utile. Le décor est encore debout. Mais il reste tant et tant de décombres. On fait quoi maintenant. Remettre du sens dans le chaos. Toujours remonter la source. Comprendre. Apprendre. Alors lire.

Lire.

Redevenir inutile puisque la lecture est la « chose » la plus inutile à notre époque. Un lecteur ne rapporte rien. Un lecteur n’est pas rentable. Surtout s’il emprunte en bibliothèque, surtout s’il lit des livres d’occasion. Un lecteur est une personne assise. C’est ce qu’on croit. Alors qu’elle court, qu’elle marche, qu’elle vole entre les pages.

Lire.

Pour se créer un endroit à soi. S’émanciper. Retrouver des chemins de liberté. S’ouvrir au monde. S’ouvrir aux autres. Lire comme un acte de résistance à ce collectif social et politique. Qui ne donne pas envie. Qui donne juste envie d’aller dans les bois avec des caisses de livres. Lire pour retrouver des mots, du sens. Lire pour s’élever. Lire pour fourbir ses armes contre la bêtise. Lire dans les décombres. Lire pour se retrouver quand on s’est égaré. Lire pour renouer avec la vie.

Lire, ce n’est pas seulement lire un texte, déchiffrer des signes, arpenter des lignes, explorer des pages, traverser un sens; ce n’est pas seulement la communion abstraite de l’auteur et du lecteur, la noce mystique de l’Idée et de l’Oreille, c’est, en même temps, le bruit du métro, ou le balancement d’un wagon de chemin de fer, ou la chaleur du soleil sur une plage et les cris des enfants qui jouent un peu plus loin, ou la sensation de l’eau chaude dans la baignoire, ou l’attente du sommeil….  Georges Perec « Penser / classer » (Seuil, 203)

Un lecteur n’est pas qu’un électeur. Redevenir inutile.

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Continuer

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Quelque part sur une plage en Bretagne… un Moujik II..!

 

La suite… ce qu’on dit de Moujik moujik suivi de Notown.

La librairie Les Lisières à Roubaix : https://www.leslisieres.com/livre/11106626-moujik-moujik-sophie-g-lucas-contre-allee

 

L’écrivain Patrick Varetz :

« SI VOUS N’AVEZ JAMAIS LU DE POÉSIE CONTEMPORAINE, ALORS COMMENCEZ PAR ÇA. Ai avalé avec un pur bonheur « Notown » de Sophie G. Lucas (non sans avoir relu « Moujik Moujik » ; ces deux textes, précédemment parus aux États Civils, venant d’être republiés par les Éditions de la Contre Allée). Sophie G. Lucas s’inscrit définitivement dans la lignée des objectivistes américains, apportant toutefois un supplément d’âme — presque lyrique — au tableau qu’elle dresse des bas-fonds du monde ultralibéral. Avec elle, on entend le chant — la voix — des réprouvés. « 

Et Moujik moujik suivi de Notown a été sélectionné pour le Prix des Découvreurs 2017/18 où je serai en très bonne compagnie : http://lesdecouvreurs2.blogspot.fr/2017/03/decouvrez-la-selection-du-prix-des.html