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Bipède ayant la double nationalité journaliste-course à pied

Pas les mots

biblio nantes

Troisième nuit de violences dans les quartiers nantais. Dans les bus, on voit défiler le mot d’incivilités pour expliquer les retards et déviations, et le lisant, me dis qu’on atténue les faits avec des mots plus policés, et en même temps, ce mot stigmatise moins lesdits auteurs. Volonté de neutralité. Volonté d’apaiser. Volonté de comprendre.

Un jeune homme est mort sous des balles. Forcément tout prend feu. On se sait pas tout des circonstances. Je ne sais rien sinon que ce n’est pas très clair. Comme beaucoup d’habitants de ce quartier, on s’interroge. Alors on attend.  Le feu a pris très vite et cette violence exprime ce qui ne parvient pas à se dire avec les mots. Pas les mots. Alors le feu. La colère. La violence. Pas les mots. Et parmi les lieux incendiés, les bibliothèques. Quand on sait le travail mené dans les trois bibliothèques touchées (Emilienne-Leroux aux Dervalllières très endommagée, et celles du Breil et de Malakoff, totalement détruites), on est effondrés pour toutes les personnes investies, tous les usagers, usagères. Depuis plusieurs mois, je mène un travail de collecte, de rencontres, dans des bibliothèques du département de Loire-Atlantique (une magnifique commande de la Bibliothèque Départementale), dans des villes de moins de 10 000 habitants. J’ai rencontré nombre de bibliothécaires, de bénévoles, et j’ai été frappée par leur sens du service public. Au-delà même des missions autour de la lecture publique. Je suis en train d’écrire ce travail au moment-même où ces bibliothèques ont brûlé. L’envie de comprendre. Il faut lire « Pourquoi les bibliothèques brûlent-elles ? » du sociologue Denis Merklen (Presses de l’Enssib (2013). En 2008, travaillant à ce projet, il livrait un article passionnant avec Numa Murard ici http://www.laviedesidees.fr/Pourquoi-brule-t-on-des.html

Extrait : « Dans le contexte présent, l’attaque d’une bibliothèque de quartier ne peut pourtant pas être considérée simplement comme un autodafé. Ni interprété univoquement comme un acte contre la culture, la démocratie, la cité. Sa nature est foncièrement ambivalente. D’une part, elle doit être observée dans le cadre des conflits entre l’État et les classes populaires et, d’autre part, comme faisant partie des clivages qui divisent les classes populaires, y compris et surtout à l’intérieur de ce que l’on appelle « les banlieues ». « 

A Nantes, des professionnels du livre et de la lecture en Pays de Loire lancent un appel à mobilisation : Christine Morault, des éditions MeMo, soutenue par l’Alip (association des librairies indépendantes des Pays de la Loire), le Coll.libris (collectif des éditeurs indépendants en Pays de la Loire), Maison Fumetti et Mobilis, lance un appel à mobilisation pour permettre à ces lieux de vie et de lecture de se reconstruire. On peut lire, soutenir, accompagner ici https://www.mobilis-paysdelaloire.fr/magazine/actualites/appel-a-mobilisation-autour-bibliotheques-incendiees-a-nantes

Pour retrouver les mots et aider à trouver les mots.

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Je manifeste

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Montréal, 2015

J’écris pour me soulever / j’écris de la périphérie / j’écris de ma langue dominée / j’écris avec des fautes d’orthographe / j’écris avec mon ignorance / j’écris sans avoir lu tous les classiques / j’écris parce que la poésie m’appartient / j’écris parce que la langue est mienne / j’écris contre les marquis de la poésie / poètes amers pisse-froids sectaires / contre les prés carrés les entre-soi / j’écris contre les nouveaux riches de la langue française / j’écris « je » parce que « je » est « il » « elle » « nous » / j’écris parce que j’emmerde les dominants de la langue / les possesseurs du beau langage / les possédants les dominants les propriétaires / et plus que tout j’emmerde les traîtres dominés passés dominants / j’écris pour les derniers de la classe / j’écris pour être lue / j’écris à cet endroit de cet endroit pour faire entendre d’autres voix / j’écris pour les chahuteurs / j’écris pour ceux et celles qui ne liront jamais mes textes / je n’écris pas pour la gloire / je n’écris pas pour être reconnue / j’écris pour partager rencontrer lier / j’écris pour faire la courte-échelle / j’écris contre ceux qui veulent nous mettre la honte / nous bâillonner / nous empêcher / j’écris les mains dans le cambouis / j’écris poète ouvrière / j’écris en apprenant à me penser / j’écris pour aiguiser les outils de ma langue / j’écris pour me construire / j’écris pour devenir / j’écris comme soulever la terre / j’écris pour les ouvriers les femmes de ménage / j’écris pour ma mère / j’écris pour tous les Allie Mae et Floyd Burroughs / j’écris pour mettre le feu / j’écris parce que la poésie est poudre / j’écris parce que j’ai choisi mon camp

 

Allie Mae Burroughs n’est pas une femme dans le palais Rihour la maison de De Gaulle la rue de la Grande-Chaussée la Citadelle à Lille ça n’est pas pour nous. Allie Mae Burroughs n’est pas une femme devant une tapisserie d’Arras dans les boves de la Place des Héros à la carrière Wellington entre demeures et vestiges d’Avesnes-sur-Helpe ça n’est pas pour nous. Allie Mae Burroughs n’est pas une femme sous une ombrelle sur la côte d’Opale ni sous un parapluie ni sous les arcades ni sous des vitraux ni dans le Bleu d’Arras ça n’est pas pour nous. Allie Mae Burroughs n’est pas cette femme assise dans une bibliothèque pour entendre une lecture ni cette femme qui écrit des livres ça n’est pas pour moi. Allie Mae Burroughs n’est pas cette femme qui écrit des livres mais peut-être sa mère.

Extrait de « Que vais-je devenir?« , issu d’une résidence littéraire itinérante dans les Hauts-de-France, en octobre 2017, à l’initiative du Centre Littéraire des Escales des Lettres, avec l’écrivain Eduardo Berti. Publié par les éditions Nuit Myrtide (2018)

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Allie Mae Burroughs par Walker Evans, Alabama 1936

 

Poète ouvrière

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Je crois que ça va pas être possible *

 

Nous souhaiterions vous inviter à notre festival ce serait un grand plaisir on aime beaucoup ce que vous faites un débat avec d’autres auteurs bien sûr il faudrait que vous preniez connaissance de leurs livres non nous n’avons pas de service de presse mais je suppose que vous pouvez les acheter en librairie et puis si vous pouviez aussi faire une lecture c’est un grand festival musical et depuis quelques années on y a créé des animations autour du livre non il n’y as pas de rémunération pour les auteurs ce n’est pas la politique du festival cela se fait ailleurs mais pas ici heu oui les musiciens les techniciens les animateurs sont rémunérés mais ce n’est pas la même chose les auteurs viennent parler de leurs livres vendre leurs livres c’est un peu de la promotion pour eux par contre nous vous offrons une place pour un concert ah non pas celui-ci ah non pas celui-là nous avons des consignes sur certains concerts et pas d’autres si vous venez accompagnée la personne devra payer sa place bien sûr ce sera la même chose pour l’hébergement et si vous pouviez venir en train et pas en voiture nous avons une politique de réduction de notre empreinte écologique respect de l’environnement allô ?

 

*Zebda

 

Extrait d’Assommons les Poètes qui sortira le 9 mars prochain à La Contre Allée. En attendant on peut aller voir ici www.facebook.com/lacontreallee/toute la belle actualité de la maison.

 

Poésienne !

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« – Devinez ce que fait Sophie ? Un métier pas comme les autres.

– Astronaute !

– Magicienne !

– Des ménages !

– …

– Qu’est-ce que vous apprenez par coeur à l’école ?

– Je sais !…. Elle est poésienne !

(Des amies et les enfants des amies…) »

 

Introduction à « Assommons les poètes ! » qui sortira le 9 mars à la Contre Allée.

C’est ici http://www.lacontreallee.com/sites/default/files/periodiquerentree2018.pdf

et là http://www.lacontreallee.com/sites/default/files/argumentaire_assommons_0.pdf

 

 

On plonge

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Photo : Pierre Artaud

Lecture à la médiathèque Etienne-Caux, à Saint-Nazaire ce samedi 27 janvier à 16h. Je n’y suis pas retournée depuis…trente ans. Un plongeon dans l’enfance et l’adolescence. C’est le même lieu, là-même où j’ai passé des heures à chercher des livres à emprunter, lire, là où j’ai découvert des classiques, là où je sortais des prescriptions scolaires. Là où j’ai sans doute commencé à exercer ma liberté. La photo n’est pas celle de la Médiathèque, mais de la Soucoupe (comme la photo ne l’indique pas 🙂  ), de Saint-Nazaire, juste pour espérer que cette lecture tourne rond avec moujik moujik, Témoin et des extraits de Assommons les poètes! La rencontre sera animée par Bénédicte Guillou. Avec la participation de la libraire nazairienne L’Embarcadère.

Nous, inutiles

 

 

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Quelque part en France en 2017….

Nous les inutiles, les gens qui ne sont rien (1), nous les gens d’en bas (2), nous les sans-dents (3), nous le bruit et l’odeur (4), nous la racaille (5), nous qui ne pouvons nous payer un costard même en travaillant (6), nous qui n’attendons rien des autres (7), nous les illettrés, (8), nous les moujiks, nous les comédiens, les auteurs, les danseurs, les musiciens, les peintres, nous les Comoriens, nous les apprentis, nous les éloignés de l’emploi, nous les cabossés de la vie, nous coûtons.

Comme coûtent la culture, l’éducation, la santé, les services publics. Qu’a cela ne tienne ! Supprimons les contrats aidés ! Et pourquoi pas supprimer le RSA? Les allocations chômage ? On se demande à qui profite cette volonté de précariser plus. De faire peur. D’agiter des chiffons rouges. Tremblez, vous les inutiles ! Puisque vous ne vous transformerez pas en « emploi à long terme ». Devenez une start-up, créez votre entreprise, soyez votre employeur! Désormais, le pays n’est plus qu’une grande entreprise sans projet commun, juste un grand livre comptable.

Pour faire société, destin commun, il faut faire avec tout le monde, et donc avec les illettrés, les Comoriens, les moujiks, les gens qui ne sont rien, la racaille, les cabossés. Quoi que vous disiez, avec ce mépris de classe insupportable.

« Paradoxalement, les institutions devraient garantir le droit à la fragilité des individus. Le droit, en somme, de ne pas renoncer à sa propre humanité. » Roberto Scarpinato, Le dernier des juges, éd. La Contre Allée.

(1) Emmanuel Macron  (2) Jean-Pierre Raffarin  (3) François Hollande  (4) Jacques Chirac (5) Nicolas Sarkozy  (6) (7) (8) E. Macron etc… etc…

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Un mur de Nantes, 2017

Plus de 200 000 personnes sont en contrat aidé. Dans des services publics, et dans des associations. Celles-ci ont plus de mal à (se) mobiliser, mais il existe une pétition, un texte, ci-dessous, à lire, à signer, à faire circuler.

FIN DES CONTRATS EN CAE-CUI : NOUS DEVONS RÉAGIR !

Acteurs des entreprises culturelles, de la vie associative…,
Depuis quelques semaines, l’état a gelé les signatures et renouvellement  des CAE (contrat d’aide à l’emploi) et des CUI (contrat unique d’insertion).  La cause ? Une prétendue enveloppe budgétaire vide. Des milliers de salariés se retrouvent aujourd’hui au chômage et les chômeurs – souvent en fin de droit – qui espéraient une signature de contrat, sont dans une situation plus que précaire. Nous ignorons ce qui se passera en 2018. Il est pourtant très probable que ce début d’année signifie la fin de ces contrats donc une augmentation conséquente du chômage et  la difficulté de beaucoup d’associations et de petites entreprises.

POUR LES ASSOCIATIONS ET LES ENTREPRISES :
La fin des CAE-CUI signifie la fin des subventions  gouvernementales à l’embauche. Des entreprises et associations françaises survivent grâce au travail des salariés sous contrats aidés car elles n’ont pas les moyens de mettre en place des CDD et CDI. Un grand nombre d’entre elles ne pourront pas maintenir leurs activités et seront parfois même obligés de fermer par manque de moyens.  Pour certaines entreprises ou associations ,ces contrats sont le seul moyen de perdurer.

POUR LES CHOMEURS ET LES SALARIÉS :
La fin des CAE-CUI signifie la perte d’un revenu mais aussi la perte d’un lien social, d’un système de réinsertion dans le milieu du travail déjà précaire. Les CDI et CDD long terme sont de moins en moins nombreux sur le marché du travail et ces contrats sont une solution au chômage persistant qui gangrène la société.
L’Etat n’a pas le droit de paralyser l’activité des entreprises et des associations (et souvent même des collectivités) en décidant de supprimer des contrats qui permettaient jusqu’alors à environ 200 700 personnes d’avoir un travail. Nous devons agir, pour notre avenir et celui de notre société.

Merci de signer cette pétition sur le site : http://www.petitions24.net/cae
Si vous n’êtes pas concernés par cette mesure, n’oubliez pas que dans votre entourage, certains le sont peut être. N’hésitez donc pas à envoyer ce message à tous vos contacts !
Pour plus d’impact, imprimez ce message et envoyez-le au Ministère du travail :

Ministère du Travail, de la solidarité et de la Fonction publique
Cabinet de monsieur le Ministre                                                                         127, rue de Grenelle 75007 Paris 07 SP