Archives mensuelles : juillet 2015

Hi, Jack (3)

A la croisée des chemins, quelque part entre Montréal et New-York
A la croisée des chemins, quelque part entre Montréal et New-York

Le train traverse des hectares de champs de maïs avant d’arriver à la frontière, un magasin duty-free dézingué, et un panneau vert Welcome in New-York (l’Etat), Miller Steet Redemption – une église – le long de la voie, deux heures à la frontière, Roses Point, un type se fait arrêter – blanc, chemise hawaïenne rouge et short, de grosses valises, visage placide, aucune résistance, il est embarqué et enchaîné sur le quai, chaînes aux pieds et aux mains – Welcome in  New-York, et nous longeons l’Hudson jusqu’à New-York (la ville), sous un pont All you need is love et fleur, Plattsburgh Station, Port Kent, des forêts où l’on commence à voir roussir des feuilles – je me sens si loin de l’automne, si loin de tout à vrai dire – ciel orageux, barrières blanches en bois, toits rouges, l’Hudson, massifs de l’Adirondak, c’est aussi le nom de la ligne du train, Westport, dans le train je croise deux couples de Amish – m’étonne de les voir dans un train, ont-ils changé leurs règles de vie – sur un panneau cut train, Saratoga. Stop. Un train juste devant le nôtre a déraillé, un train de marchandises, il nous faut débarquer. Un bus nous emmènera à Albany avant de prendre un autre train, deux heures de voyage en plus des dix heures, la fatigue, mais rien n’entame mon enthousiasme, le voyage commence dans les sorties de route, traversons deux villes imprévues, Saratoga Springs, Albany, sur la route – Ushers road, Groom Road, Riverview road – une ville appelée Halfmoon, nous frôlons le Massachussetts, l’Etat de la ville de Lowell où est né Jack K. – la ville est à deux heures – à Albany des buildings, dans une petite rue le portrait d’un vétéran prêt à être accueilli, on continue de fabriquer des héros en Amérique, et les drapeaux étoiles qui claquent sous les porches, Albany la ville de l’auteur de L’homme clé, Luke Rhinehart, cette semi-fiction d’un homme qui joue sa vie aux dés, l’auteur a vécu dans différents pays en jouant la destination aux dés, absurdité de l’existence poussée jusqu’au bout, et pourquoi pas – le second train, la nuit, filons enfin vers New-York, gare de Pennstation, près de minuit, et dans un taxi jaune – chauffeur indien – à tombeau ouvert – direction Brooklyn, on descend Manhattan, le pont de Williamsburg, quartier juif puis le quartier de l’hébergement, intérieur africain – Nigeria me dit-on, l’épuisement et l’envie de retourner au coeur de la ville, lumières, vitesse, énergie.

Saratoga Springs, station
Saratoga Springs, station
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Hi, Jack (2)

« Quelque part, là-bas, très loin, New-York la démente, la ténébreuse, vomissait son nuage de fumées et sa vapeur brune. L’Est, c’est le pôle du brun et du sacré(..) » Jack Kerouac (photo : Corbis/Allen Ginsberg, Manhattan, 1953)

Je suis à la page 55 de Visions de Cody de Jack Kerouac, une pinte Belle-Gueule sur la table collante d’un bar sur l’avenue Mont-Royal, carnets, bouts de papier, le brouhaha du 5 à 7, la musique – et je crois bien que ce sont les B’52’s mais comment en être sûre avec les voix qui montent et qui couvrent la musique avant que la musique elle-même ne monte et ne couvre les voix, c’est sans fin, on devient vite un peu dingue – j’en suis donc à cette page 55, et me demande combien de fois j’ai acheté d’exemplaires de Visions de Cody, combien de fois suis-je partie sans ce livre et combien de fois, à chaque fois, il m’a manqué – je le rachète régulièrement au gré des déplacements, neuf ou d’occasion – cette fois-ci c’est un poche neuf, je découvre une nouvelle couverture, traduction du toujours impeccable Brice Matthieussent, bagnole bleu ciel, publicité américaine peinte – et chaque fois, bon Dieu, chaque fois la même chose. The Visions of the Great Remember (titre original) m’hypnotise dès les premières lignes – une fille plutôt jeune parle toute seule à sa table, tee-shirt à rayures, un jeune homme aux dents incroyablement espacées fait la cour à une jeune femme mais je ne vois que son dos, un groupe de gars autour d’une table comme des collègues après une journée de travail – je me disperse, mais comment faire, je lis quelques lignes de ce fichu bouquin, le texte me submerge, je dois lever la tête pour respirer et faire descendre les phrases et la bière. Kerouac est un sorcier, il fait de simples descriptions du New-York des années 50, et puis Cody, Cody, double du Dean de Sur la route, figures démultipliées du vrai Neal Cassady, alter-ego de Jack K., et à cause de ces doubles, de ces miroirs, je pense à Alice, la bière est un peu forte, je relis en sautant des pages, je relis par fragments, je relis à l’envers, je relis et ce n’est plus la table qui colle à mes avant-bras, c’est le texte qui se colle comme des journaux qui se plaqueraient à moi sous le vent, c’est ça, le texte claque, ce ne sont pas de simples descriptions, un restaurant, la rue, des gens, un cinéma, et Cody et son père, ce foutu Cody avec les clochards, ce sont, aussi toutes les digressions de Jack K. et Proust n’a qu’à bien se tenir – d’ailleurs Jack K. lit Proust, l’écrit p. 37, « (..) il semblait progresser lentement, mais j’avais du mal à ne pas me faire semer – et je pensais « Heureusement que j’ai mon Proust sur moi – au cas où je doive le suivre tout au long jusqu’à Paradise Alley, sa destination probable, là-bas au bord du fleuve ils remarqueront non seulement que mon livre est tout abîmé, mais aussi que je ne m’en sépare jamais parce que je le lis pour de vrai, et qu’il me fascine tellement dans les rues, comme il les fascinerait, eux » (..) » Kerouac écrit à 360°, il capte tout d’une scène, ce qu’il voit, ce qu’il ne voit pas, ce qu’il perçoit de quelques secondes avant et après, le dicible et l’indicible, Visions de Cody est mon Graal -mais qu’est-ce que fiche cette fille à présent, et ces deux-là au bar à la manière dont l’une regarde l’autre, la tête penchée, le rire, elles ne rentreront pas l’une sans l’autre, le garçon aux dents espacées se lève avec la fille de dos, une cigarette dehors, les verres encore pleins, un type tape fort sur le clavier de son ordinateur derrière moi, deux filles à côté de moi parlent d’être artistes à Paris – je dois finir cette phrase, un type me parle, c’est le serveur, non pas d’autre bière, d’ailleurs je n’ai pas fini la mienne, je n’y arrive pas, je suis prise à l’intérieur du livre, les pages collent, les deux filles ne sont plus qu’une, le soleil énorme descend jusqu’à nous entre deux immeubles, les hommes au comptoir de plus en plus fort, que rien ne m’échappe,  le soleil disparaît, je fixe mon Graal de 700 pages, je bois les mots, je referme la bière, et je pense aux jours prochains, « Ah, nos coeurs fous », à Jack K. et à New-York.

« Dans cette cafétéria blanche, par une froide soirée new-yorkaise de novembre, une immense baie vitrée donne sur la rue (la Sixième avenue), des néons intérieurs se réfléchissent sur la vitre, qui à leur tour éclairent les murets du jardin japonais, lesquels sont donc eux aussi réfléchis et comme accrochés dans la rue avec les tubes de néons (ainsi que d’autres objets éclairés et réfléchis, telle cette énorme porte verte, haute de sept mètres, avec sa pancarte rouge et blanc indiquant la sortie, réfléchie près des tentures sur la gauche, une colonne couverte de petits miroirs tout près de la vitre, on distingue vaguement les tuyaux de plomberie blancs et au sommet de tout ça, à droite, les pancartes qui, en bas de la vitrine, sont tournées vers l’extérieur, et annoncent Assiette végétarienne 60c, Croquettes de poisson avec Spaghetti, Pain et Beurre (sans prix), elles aussi réfléchies ) – ainsi voilà une grande scène du New-York nocturne avec voitures, taxis et gens pressés (..) »  . Dans la préface, Allen Ginsberg évoque le texte de Jack K. « Loin de toute attitude critique, K. est présent dans la méditation solitaire du monde, il observe un événement réel, « l’esprit agrippé aux objets » (..) créant un univers global de perceptions, hors de toute manoeuvre intellectuelle (..) complètement présent à l’écoute du monde (..). »

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Hi, Jack (1)

"Il ressemblait à ça; grâce au ciel, il évoquait une doublure d'Hollywood qui boxe à la place du héros avec un tel acharnement lointain, anonyme et vicieux (..) que tout le monde commence à s'interroger, car le vrai héros ne se comporterait manifestement pas  ainsi dans cette irréalité réelle. " Jack Kerouac (photo) in "Visions de Cody"
« Il ressemblait à ça; grâce au ciel, il évoquait une doublure d’Hollywood qui boxe à la place du héros avec un tel acharnement lointain, anonyme et vicieux (..) que tout le monde commence à s’interroger, car le vrai héros ne se comporterait manifestement pas ainsi dans cette irréalité réelle. «  Jack Kerouac (photo) in « Visions de Cody »

Sur Radio Canada, j’écoute une série d’émissions sur Jack Kerouac. Deux types, Canadiens et Québécois, Franco Nuovo et Gabriel Antil, partent sur les traces de Jack Kerouac aux Etats-Unis. Avec une question : quelle est la part de l’identité canadienne-française dans ses écrits ? Kerouac, auteur américain, aussi emblématique que Walt Whitman quant à l’identité américaine (celle des Etats-Unis) était aussi très marqué par ses origines et bretonnes et québécoises. Ses parents étaient Québécois, immigrés aux Etats-Unis, Massachussetts. Celui que sa mère appelle Ti-Jean, a grandi dans la langue française, il parlait avec ses parents en joual, et n’a été véritablement bilingue que vers l’âge de 15 ans. Double culture, double identité. Jack Kerouac a écrit en marge d’un manuscrit « Quand je rêve, je rêve souvent en français. Quand je braille, je braille toujours en français ». Les deux chercheurs se rendent, entre autres, à New-York, rencontrent des proches de Kerouac, et consultent des archives. Et c’est émouvant. On découvre un Kerouac double. En lui deux écrivains, deux êtres, deux façons d’écrire à la main selon que c’est en anglais ou en français. Nos deux comparses ont une obsession : découvrir si la langue française a influé sur l’écriture de Kerouac, et notamment « Sur la route ». Ce pourrait être anecdotique, mais pas pour des Canadiens-Français qui continuent de travailler sur leur identité, leur culture, leurs racines. Ils lisent à voix haute des extraits de textes de Kerouac, écrits en français, inédits, avec cette oralité caractéristique, ce flux. L’un d’eux murmure « C’est une langue bien de chez nous ». Ce sont des travaux d’avant « Sur la route ». Longtemps il y eut cette rumeur selon laquelle le texte aurait été d’abord écrit en français. On découvre que juste avant le fameux rouleau, Kerouac a écrit un roman en français, « La nuit est ma femme », en février 1951, et que c’est parce qu’il a écrit ce roman, qu’il y a trouvé des ressorts, un style, qu’il a pu se lancer dans « Sur la route » (avec effectivement une dizaine de pages en français, mais pas l’intégralité). Finalement, qu’importe, Jack Kerouac n’appartient pas à une langue puisqu’il a inventé la sienne propre, son  be-bop verbal inimitable.

« […] et moi je traînais la patte derrière eux, comme je l’ai toujours fait quand les gens m’intéressent, parce que les seuls qui m’intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église. » in « Sur la route » de Jack Kerouac

Je mange des mots

La langue est tout un monde
La langue est tout un monde

Manger, c’est plus que manger ! C’est ce qu’on peut lire sur un paquet de chips…. Ici, je fais plus que manger : je dévore les mots. La langue, ça se bouffe pas, ça se mange. Les mots ont une saveur, une texture, des odeurs, des formes, des couleurs, et pas que les voyelles mon cher Arthur. J’ai l’appétit féroce des mots d’un Grandgousier. Je peux rester longtemps à écouter des conversations juste pour le plaisir des mots. Je ne les comprends pas tous, mais aussitôt ils appellent des images. Je découvre alors tous les petits trésors de la langue française, qui n’est plus une langue mais des langues. En France on a tendance à penser qu’on a la plus belle langue, et le reste… ben c’est la francophonie. Ben non. Chaque langue francophone possède ses petits trésors, ses réalités culturelles, des parlers régionaux, populaires, parfois même du vieux françois. Une véritable marmite ! C’est au XVIIè que la langue française s’est établie en Amérique du Nord, et la langue commune alors utilisée entre tous les colons aurait été le parisien populaire des XVIIè et XVIIIè. Une fois l’abandon de ces colonies aux Anglais par les Français, la langue a continué d’évoluer avec, forcément, l’influence écrasante de la langue anglaise, et loin de celle de la France. On utilise au Québec des mots tombés en désuétude en France, et c’est un régal que de les (re)découvrir : s’en venir pour devenir ou arriver quelque part, débarrer pour ouvrir, dispendieux pour cher. Et pour pimenter le tout, on ajoute un peu de cuisine anglaise avec des expressions traduites littéralement : bienvenue (you’re welcome) pour il n’y a pas de quoi, magasiner (to shop) pour faire des courses ou encore la fille que j’sors avec pour la fille avec qui je sors. Il existe un merveilleux site, une base de données lexicographiques panfrancophone, ici http://www.bdlp.org/ qui est une sorte de dictionnaire des variations du français dans le monde francophone. Une cinquantaine de linguistes travaille à cette recension en collectant des mots aussi bien dans les conversations, que dans les journaux, les menus de restaurants, les affiches, et ce dans une vingtaine de pays ou régions francophones (Acadie, Belgique, Cameroun, Rwanda, Tchad, Louisiane etc..). De quoi ouvrir plus grand son gosier ! Pour finir, une photo d’une publicité dans un bus, je laisse deviner le sens. Trippe au boute !

Un sens aussi flou que la photo... ?
Un sens aussi flou que la photo…

Je fais des « rodinsonnades »

Ceci n'est pas une photo que j'ai claquée à Montréal, empruntée sur la toile, un Penseur de Rodin à Arles
Ceci n’est pas une photo que j’ai claquée à Montréal, empruntée sur la toile, un Penseur de Rodin à Arles

Sur mon île de Montréal (car Montréal est une île entourée du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Prairies), je fais non pas des robinsonnades mais des rodinsonnades. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal accueille l’exposition ‘Dans le secret de l’atelier de Rodin ». Archi connu et reconnu, vu mille fois dans des livres, dans des Musées, on a l’impression de bien connaître Rodin. Mais c’est se tromper. Contempler ses sculptures, comme le Penseur, est un effet chaque fois renouvelé. Il se dégage une énergie, une puissance, incomparables. Rodin travaille à partir d’assemblages, de pièces détachées, se joue des accidents, de l’aléatoire, peut-on lire, et il le dit « Ces accidents sont des ressorts de création ». Ne peux m’empêcher de rapprocher son travail de l’écriture. Bref, la création. Donc, le Penseur. J’avais oublié, mais comment avais-je pu oublier, qu’il devait s’appeler le Poète. Qu’il est censé représenter Dante devant les Portes de l’Enfer, méditant sur son poème. Et ce qu’il y a de merveilleux est que Rodin représente là un poète puissant, liant la force de l’esprit à celui du corps. On aurait tort, et on a tort d’oublier l’importance du corps dans la création. Il y a quelque chose de très physique à écrire. Tout de soi est engagé. En exergue de l’exposition, cette phrase de Rodin au sujet de son travail « Nous sommes des ouvriers dont la journée ne finit jamais ». Sur mon île, donc, je rodinsonnade, je fais des noeuds avec ma tête et je travaille à ma survie par l’écriture.

Je fais des noeuds avec ma tête (en vrai "Le soleil", oeuvre de Dale Chihuly, verre soufflé et acier, devant le Musée des Beaux-Arts de Montréal)
Je fais des noeuds avec ma tête (en vrai « Le soleil », oeuvre de Dale Chihuly, verre soufflé et acier, devant le Musée des Beaux-Arts de Montréal)

Je n’ai pas le coeur

"Le coeur d'Auschwitz", Centre commémoratif de l'Holocauste, Montréal
« Le coeur d’Auschwitz », Centre commémoratif de l’Holocauste, Montréal

C’est un tout petit coeur. Il tient dans la paume. C’est un petit coeur fabriqué comme un minuscule livre. Sa couverture est en tissu, rose, où est brodée la lettre « F ». F pour Fania. Et à l’intérieur, de petites pages. Et sur les pages, des mots. Des mots en polonais, français, hébreu, allemand. Des mots qui disent « Quand tu pleures, cache-toi », « Notre victoire, ce sera de ne pas mourir » et celui que préfère Fania « Liberté, liberté, liberté ». Fania Feiner, née Landau, vient d’avoir 20 ans. 20 ans à Auschwitz. Ces messages en forme de coeur ont été offerts par ses amies, ses compagnes du camp, à l’initiative de Zlatka, son amie, qui risquera sa vie pour confectionner ce petit objet. Fania cachera ce coeur sous son bras, tout le temps de sa détention et même après, lors de la marche de la mort vers Ravensbrück. Fania gardera ce coeur cinquante ans encore avant de le confier au Centre commémoratif de la l’Holocauste de Montréal. C’est une grande émotion que ce petit objet, les mots qu’il contient, au regard de ce grand désastre humain. Je n’ai pas le coeur de faire autre chose de ma journée. Je retourne à ma lecture du moment, le Jan Karski de Yannick Haenel. Et l’auteur de citer Kafka « Loin, loin de toi, se déroule l’histoire mondiale, l’histoire mondiale de ton âme ». L’auteur fait dire à Jan Karski (il « fictionne » de manière plutôt convaincante la vie de ce résistant polonais au destin incroyable et tragique) : « Parler de crime contre l’humanité c’est considérer qu’une partie de l’humanité serait préservée de la barbarie, alors que la barbarie affecte l’ensemble du monde ». Je n’ai pas le coeur non plus à poursuivre ma lecture. Je veux juste penser à ce petit coeur de tissu.

Je fais un petit feu

Tronc couché, sur le flanc du Mont-Royal (avant d'être moi-même sur le flanc dans la chaleur tropicale...)
Tronc couché, sur le flanc du Mont-Royal (avant d’être moi-même sur le flanc sous une chaleur quasi tropicale…)

Ce petit livre signé Véronique Côté, comédienne et auteure québécoise, La vie habitable (Atelier 10, coll. Documents, 2014), avec ce sous-titre, Poésie en tant que combustible et désobéissances nécessaires. Convaincue de la place irremplaçable de la poésie dans notre monde, elle interroge une psychologue, un écrivain, un philosophe, un cinéaste sur leur rapport à la poésie. Ce ne sont pas des réflexions bouleversantes, parfois même sont-elles attendues (pitié avec ce truc-la-poésie-réenchante-le-monde-petites-fleurs-et-tutti-quanti). C’est plutôt leur témoignage sur la manière dont la poésie interroge leur quotidien, leur rapport au monde, au langage, et même à la politique (il est rappelé les événements du Printemps érable en 2012), « Ce n’est pas au monde de définir la poésie, c’est la poésie qui définit le monde » (Serge Bouchard). Et par dessus-tout, l’auteure souligne plusieurs fois à quel point la poésie demeure toujours moderne, se renouvelle sans cesse, invente à l’infini, « une langue vivante est (..) désobéissante (..). Une langue figée est bonne pour les étouffés et les pendus ». Où l’on apprend aussi qu’au Québec, comme en France, la poésie est sous-exposée. « (..) pourtant la poésie couve, comme un feu de maquis, comme une promesse de sens (..). Véronique Côté compare souvent la poésie à un feu, une lueur et même aux lucioles qu’elle comptait dans ses jeux d’enfant. Quelque chose qui résiste. Elle conclut ainsi d’ailleurs « (..) toute poésie part de là : d’une insoumission, d’une insubordination. Elle est l’expression de ce qui reste droit en nous quand tout fout le camp ».