Archives mensuelles : août 2014

Passeport

Festival des Voix méditerranéennes, Lodève (2014)
Festival des Voix méditerranéennes, Lodève (2014)

J’ai dans ma main un poème de 8,5 cm sur 12,5 cm de presque vingt  pages, dans un format, une couleur, qui rappellent un passeport. C’est son titre d’ailleurs, Passeport. Quand je l’ouvre, c’est la voix de Jean-Marc Bourg que j’entends, qui a dit avec force ce long poème sur la grande scène de Lodève, aux Voix Méditerranéennes. L’auteur, Antoine Cassar, a voulu créer un « choc des consciences » avec ce poème, traduit du maltais par Elizabeth Grech. Choc des consciences autour du quotidien des migrants, lui qui semble vivre sans frontières : né à Londres, de parents maltais, il a grandi entre Grande-Bretagne, Espagne, Malte, a suivi des études en France, en Italie. Il a donc créé avec ce poème, et dans ce format bien particulier, un anti-passeport, pour tous les peuples du monde.

Il est à toi / ce passeport / pour tous les peuples, / avec un drapeau arc-en-ciel, et pour emblème une / oie migratrice qui tourne autour du globe, / en toutes les langues que tu veux, officielles ou pas, / en bleu océan, rouge sang séché, ou noir charbon / prêt à brûler, à toi de choisir, /emporte-le où tu veux, la voie est libre et grande / ouverte, la porte sortie de ses gonds, / tu peux entrer et sortir sans crainte, personne ne / t’arrête, (..)

Traduit dans plusieurs langues, le texte revient sur les conditions de vie des migrants : règlements, formalités, violences, clandestinité, en offrant ce passeport fraternel  :

pas besoin de donner ton nom, où et quand tu es / né, le sexe, la profession, la race ou la lignée, / pas besoin de numéro de série, de vieille photo / triste, de puce avec tes mesures, ni d’autres dates / ou données, avec le pourquoi du comment, / pas besoin de t’aveugler avec un scan rétinal, tes / beaux yeux tu peux les garder pour toi, / et pour ceux que tu aimes / pas besoin de remplir les cases de A à Q, avec un / stylo noir, EN MAJUSCULES ET EN ANGLAIS, / pas besoin d’obtenir la signature du maire, de l’avocat ou du notaire, et encore moins celle du / curé/ pas besoin de quitter le pays dans 90 jours, ou dans / 30 si tu viens d’un tout petit pays dont / les douaniers n’ont jamais entendu parler, / pas besoin de billet de retour, d’hôtel réservé / d’invitation officielle, ou d’attestation de / ressources, (..)

pas besoin de passer dix-huit mois de ta vie à trembler dans les ténèbres d’une tente sans permis pour sortir ni travailler, / pas besoin de demander le visa H-1B auprès d’une / agence qui te promet un emploi dans une usine de / papier et à la place t’envoie nettoyer les chiottes, / pas besoin d’avoir recours à une agence pour te / pétrifier dans un fourgon frigorifique, pour te / cramer dans le réservoir d’une voiture, pour te / recroqueviller dans le double plafond d’une / camionnette, ou pour t’écraser dans un conteneur en métal avec un ventilateur et une lampe et une / batterie hors-service, pour 60 000€ (..)

On peut  retrouver l’auteur sur antoinecassar.wordpress.com, et des infos sur http://passaport.project.org. Les profits des ventes de ce passeport (somme tout à fait modique) sont alloués à des organisations indépendantes qui assistent et soutiennent les réfugiés et les demandeurs d’asile.

Un texte juste nécessaire.