Archives mensuelles : juillet 2014

Voix

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Lodève, 20 juillet 2014, avant la lecture « Les pieds dans l’eau »

Pour ma dernière lecture à Lodève (Festival des Voix de la Méditerranée) public pieds dans l’eau, les miens de pieds trempés après le gros orage essuyé quelques heures auparavant (chaussures pas étanches, usées par le temps breton).

Aucune morsure à signaler (voir Poésie au quotidien, 7) sinon celle de l’intraitable soleil.  Et s’il y avait des mordus, ce n’était que de poésie. Beaucoup de monde, beaucoup de poètes, de performers, de musiciens. Tant, qu’il ne m’a été possible de tous les entendre. Des poètes d’Albanie, Algérie, Bulgarie, Chypre, Egypte, Espagne, France, Grèce, Iran, Israël, Italie, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Palestine, Portugal, Roumanie, Serbie, Slovénie, Syrie, Tunisie, Turquie.

Pour le plaisir de la découverte, des extraits de l’Anthologie du Festival 2014 (La Passe du Vent), que des petits bouts de bouts, et sans pouvoir respecter la forme du poème 😦

(..) Moi je baise mes manques et deviens immortelle / Je m’embrasse moi-même, tout est là / Sur mes propres faiblesses / j’appose un baiser

Mimoza Ahmetti, Tristesse (trad. de l’albanais, Alexandre Zotos)

 

(..) les chevaux savent mourir en silence / et entrer dans la rumeur des saisons / traînant avec eux la mémoire des arbres / et la pureté des sources

Miloud Hakim, Les chevaux (trad. de l’arabe Samira Negrouche)

 

La ligne de ton épaule / ou de celle feuille de papier-là / est la seule limite / entre passé et futur / que traverse ton pouce / en auto-stop / étudiant les temps / et non levé comme le puce des empereurs / ni collé sur une salière / ou sur un pistolet ce qui pourrait passer pour / une bénédiction  (..)

Tsvetanka Elenkova, Aveuglement (trad. du bulgare Krassimir Kavaldjiev)

 

(…) Essaye d’observer avec tes lèvres / essaye juste une fois pour moi // Tu ne peux imaginer comment j’ai galéré / pour fondre mon image dans ton verre.

Sharif Al-Shafiey, L’eau est une idée du ciel (trad. de l’arabe Samira Negrouche)

 

(..)  Une femme marche / sous l’eau / et l’eau ne s’efface pas. / Elle ne la noie pas davantage. / Je n’y comprends rien. / Comment / sans effort semble-t-il / sous / cette tombée de ciel / reste ce / que sans à peine douter / je nommerais existence.

Ada Salas, Il tonne. (trad. de l’espagnol Jean-Gabriel Cosculluela)

 

L’envie chez moi est si vorace / qu’elle n’est comparable / qu’à la joie radieuse, irrépressible, / la joie démesurée / de savoir que ce j’envie, / quelqu’un d’autre l’a. (..)

Célia Sanchez- Mustich, Envie (trad. du catalan François-Michel Durazzo)

 

L’écriture dérive, l’écriture se terre, et / pourtant toute cette gorge entravée, tous / ces mots sanglés – leur donner juste joie, / les affranchir du lest du ressassement, les / décager, désengluer – laisser quelques traces (..)

Sylvie Brès

 

vous m’avez dit Tchernobyl . vous m’avez dit Fukushima vous m’avez dit Hiroshima . vous n’y êtes pas . révisez vos apocalypses . je vous réponds choc des planètes . je vous rétorque ignition des galaxies . tout à la fin enchevêtrement de vos synapses . je suis le dernier parmi les nombres premiers . je suis l’insaisissable.  (..)

Hervé Brunaux, extrait de Homo presque sapiens

 

(..) Et tout redevient neuf, comme ça, pour rien, / une brise qui souffle au coeur de l’été, / restituant à l’instant son incandescence, / en ce matin tranquille et cependant unique. (..)

Gilbert Casula, extrait d’un poème tiré d’un recueil intitulé Dérapages contrôlés

 

Un jour je vis le sang couler de toutes parts / Je ne veux condamner personne, ô sombre histoire / Dans ce jardin antique où les grandes allées / Après la bataille à l’Arc de triomphe / A ceux qu’on foule aux pieds au peuple aux proscrits / A la mère de l’enfant mort, à Jeanne le deuil / A l’enfant malade pendant le siège, l’ombre / Aux morts du 4 décembre, à la France / Le manteau impérial, cri de guerre du mufti / chanson de Gavroche, l’aurore s’allume (..)

Anne-James Chaton, extrait de Poésies, in Oeuvres Complètes

 

Le chant du ferrailleur / C’est le matin qu’on l’entend / A l’ombre des rides de l’olivaie // Avec la consolation le café / Avec l’icône le baiser

Guillaume Decourt, Je porte le nom des poissons qu’on pêche au filet

 

juge  ordonne  isole  puni  dresse  corrige // hémisphères à l’ouvrage option contrôle total / lobes en ébullition façon fumigations viscère / panoramique enfer panoptique fouille routine / idée fixe surveillance frénétique raideur automate / pression paroxystique manie épisodique / torture coups ecchymoses atonie prostration  (..)

Louise Desbrusses, Exercice de pouvoir

 

Comment parler d’Elle sans écrire le mot bleu? // Peut-être ne pas le rejeter, / mais l’accueillir comme le lieu commun / rassemblant ceux qui parlent la langue de l’olivier, / arbre maternel aux gestes bleus.  (..)

Chantal Dupuy-Dunier, Lieu commun

 

J’habite Marseille, porte de l’Orient. On me l’apprend à l’école et je découvre les énormes seins des cariatides coloniales sur la Canebière. Je meurs de plaisir. // En ces temps de dure merveille, je découvrais la pauvreté immobile tandis que le chant s’ouvrait en moi, Shéhérazade lilliputienne, assise dans la pénombre d’un divan, au quatrième étage sans ascenseur d’une achélème de la cité des Tilleuls. (..)

Sylvie Durbec, Marseille, éclats de quartiers (ed. Jacques  Brémond, 2009)

 

(..)  Privé de souvenirs / Sans être / Ni avoir été // Aimé ou transformé / Par le dernier poème et puis / La douleur d’arriver.

Marcel Migozzi

 

(..) J’ai dl’idée dans l’air de la bouche! / Souffle langue par la bouche / j’ai d’l’idée pour deux ou trois bouches / que veux-tu, j’écris parle par la bouche / j’écris à l’air / j’écris à part, labiale à part / par la bouche patatras / j’écris à part soi ma bouche / j’écris parle haut l’air de la bouche / j’écris parle à part souffle bouche /j’écris par là j’écris-parle dans l’oreille (..)

Sylvie Nève, J’écris par la bouche

 

(..) tu te heurtes aux angles / les pierres sèches se dérobent / te laissent inerte sur le bord // le seuil tangue et bascule /le jour n’accorde aucun répit

Angèle Paoli, [L’Indifférence cisèle]

 

le cheval fauve je le retiens / là où j’attends la question de ton temps ces mots de ta bouche / par la fenêtre ça me va bien // de creuser la lézarde tu cesses / peut-être en murmurant en fredonnant vers moi ces mots / je t’entends plus distinctement alors vas-y / sur mon visage la jeunesse acceptée de tes lundis alors viens / tu respires épaules coudes poignets à tout le soleil / (..)

Lou Raoul, inédits

 

Etre ici ressemble à être ailleurs, plus loin, plus vaste, et pourtant c’est bien toi qui regardes, mais ce que tu dévisages s’est absenté, déjà, laissant un vide lumineux, scintillant.  (..)

Dominique Sampierro, extrait d’un inédit L’Eblouissement

 

(..) une nuit de plancton à pleines fourches / une nuit de bouquets d’arêtes de poissons /une nuit d’air du grand large et de parfum de bruyère mêlé / une nuit de course et de jeux de courant chaud au petit vent frais du nord / une nuit de mûres de septembre, mûres à s’en écraser  le sang entre les doigts  (..)

Didier Tousis, de l’occitan, extrait de Pregàrias (Ed. Reclams)

 

maintenant les mots faux / les mots feu dans la tête qui s’ailleurs // les mots chiens dans la tête / des vandales / des enfants à cet endroit fragile // les mots faux figent / et les enfants se tatuent (..)

Nicolas Vargas

 

…. à fleur de peau je suis à fleur de peau à fleur de vous je suis à fleur de peau de vous à fleur de nous à fleur de moi à fleur d’émoi de mots sillons à fleur d’eau à fleur de source à fleur de vagues et de remous à fleur de tremblez-moi tremblez encore tremblez en moi à fleur de moi de vous je suis à fleur de flou et de raison à flou à ff à fleur des champs à fleur des villes à fleur en fête à fleur de fille à fleur de joie à fleur d’aiguilles et de trottoir et de talon et de garçon à fleur de barbe à fleur de nez et de rené je suis à fleur à fleur de vous (..)

Laurence Vielle

 

je vais rester ici au tournant de la route à la courbure / de la baie au bout du promontoire à la cime / de la montagne aux bras ouverts de la mer à l’estuaire / du fleuve je vais rester ici / les pommes rouges les poires juteuses la semelle des chaussures / ne s’usent pas (..)

Phoebe Giannisi, Lotophages II (trad. du grec Michel Volkovitch)

 

Ni orient / ni occident / ni nord / ni sud / seulement le lieu où je me trouve

Abbas Kiarostami, extrait de Avec le vent in Des milliers d’arbres solitaires (Po&Psy, 2014), trad. du persan de Niloufar Sadighi et Franck Merger

 

Un peu après minuit la chienne s’est réveillée / Elle s’est dressée sur la pointe de ses pattes, a flairé / Ton oreiller / Vide. // Elle a hérissé ses poils. Gémi. / Tourné en rond dans la chambre. La porte / La fenêtre un regard à l’horloge / La porte la fenêtre un regard / A l’horloge, elle est revenue sur ses / Pas, elle a compté et trié / Des souvenirs de caresses, les odeurs de ton corps (..)

Diti Ronen, Chienne (trad. de l’hébreu Emmanuel Moses)

 

Le paysage défile comme un Jackson Pollock, vaches en pointillés, nuages étirés, taches tournesols et rails déformés. La fenêtre froide se colle à mon oreille et j’entends tatactater la bête humaines. / Tatactatoum tatactatoum tatactatoum (..)

Samantha Barendson , Train

 

(..) Pour tes battements dépareillés d’étrange chevalier / nous joignîmes sur les pages fermées / nos lèvres, bouche contre bouche, / nous sommes les secrets des longs hivers / qui s’évanouissent avec le souffle, peu avant la neige. (..)

Sarah Tardino, (trad. de l’italien François-Michel Durazzo)

 

Toujours fouiller fouiller fouiller / Penser au mot, encore et encore anéanti / et trouver place pour la tristesse. / Oublier les noms des morts. // Attendre les nôtres dans tes crevasses, / Derrière le lit, sous l’endroit où on aurait vu les anges chanter, / Beyrouth. (..)

Hind Shoufani, La énième intensification des bombardements, en ce brave Nouvel An, Beyrouth, articulations usées (extrait), trad. de l’anglais Jacques Rancourt

 

La rage de la beauté qui est en Youssef / a fait demi-tour / elle est partie / comme une autre nuit / elle a disparu dans un nuage-trottoir imbécile / comme ma voix elle crie / comme mes cils elle s’est rompue (..)

Leila Eid (trad. de l’arabe Jean-Charles Depaule)

 

les arbres qui tombent sont des arbres qui tombent, / enfin. le premier cheveu blanc, / le bourrelet, mon ventre qui pointe le bout du nez / par-dessus mon levi’s. mes jambes / n’ont pas pu me porter aujourd’hui. qu’importe. (..)

Simone Inguanez, Les arbres qui tombent sont des des arbres qui tombent (trad. du maltais Nadia Mifsud)

 

(..) La phalène s’éloigne pour un moment puis refrappe / A la porte de la lumière noyée dans la cire // Elle tourne autour de la flamme vers quoi elle aspire / On dirait bien qu’elle lui souffle ses éternels secrets // Surgit alors forçant la porte de l’ombre un sphinx / Ivre bientôt d eses danses sur un feu de beauté // Tel un vol confus de cheveux au-delà de l’ouest

Khalid Dinia

 

(…) l’homme, seul, marche, à côté d’un vélo, le mur est blanc derrière, une femme, deux femmes silencieusement dans la rue, rues, routes, roues, rouages et portes, une pancarte indiquant un café qui n’est plus ou n’a jamais été, un âne et quelques fois c’est un chameau au milieu d’une route au milieu d’un ciel lourd de pénombre au milieu de sillons qui affluent dans rien que ruines et déchets et cendres. (..)

Mohammed El Amraoui, Item7_Photos2_Maroc

 

Quand partent les sourires / ces petits sourires / qu’emplissent des dents pas encore remplacées / quand / elles ne reviennent pas / elles se dispersent dans la cour de la maison / près de la boutique du gentil voisin / sur le trottoir de la rue de l’école (..)

Maya Abu Alhayyat, Ce sourire.. ce coeur (trad. de l’arabe Samira Negrouche)

 

(..) A ma droite était assis un juif / marocain, il m’a entretenu de sa situation / jusqu’à ce qu’il s’aperçoive de mon défaut de prononciation / il a poursuivi sa conversation mais / avec celui qui était à sa droite // ensuite… – et à la station d’après je suis descendu / car mon poème était terminé

Marwan Makhoul, Dans le train de Tel-Aviv (trad. de l’arabe Jean-Charles Depaule)

 

Si mon corps était une théière, exubérante / et svelte, le visage caché et les mains / comme des tiges au fer rouge, / et si de ta bouche s’échappait un vent / sans toit  qui dessinerait en fumée / un jardin de ronces touffues, / je me ferais moi un Tu en mon / néant col haut, format fruit / aile dans l’anse, moulée en flamme / par toi attisée, féline et triangulaire. (..)

Ana Marques Gastao, Thé rouge fer (trad. du portugais Catherine Dumas)

 

Tu habites une ville surpeuplée. Et il y a éventuellement un marché pas trop loin de chez toi. La fenêtre donne sur une avenue qui envahit ta vie,

qui traverse chacun de tes pores. Tu distingues clairement la toux d’un petit moteur ou bien le sifflement du pot d’échappement des bus… Tu entres dans la première pharmacie et achètes des boules quiès. Tu les comprimes et les enfonces dans tes oreilles. Lorsque les bouchons essayeront de reprendre leur forme initiale, ils fermeront les conduits auditifs de manière étanche. // Ils deviendront un amortisseur monté entre le cerveau et les bruits. // Et toi tu pourras enfin n’écouter attentivement que les voix qui résonnent dans ta tête. (..)

Moni Stanila, L’île du jour d’après, 14, (extrait), trad. du roumain Linda Maria Baros

 

Ni vent / Ni bruit // La chaleur // Pénètre les corps / Etourdit // Echauffe/ Fonde //Tout palpite // La lumière qui fait mal aux yeux // Entre dans les chambres / Sans bruit // Se déshabille / Et tombe sur le lit / Parmi les draps / Couchée immobile // Elle se laisse faire (..)

Dragana Nikolic, Désert, (trad. du serbe Radivoje Konstantinovic)

 

J’aime bien quand mon père s’avance / parmi une volée de médecins aux cheveux plus / blancs que leurs habits – tel un gorille & mâle / au dos argenté.// Les médecins ont un grand respect / pour mon père. Ils lui disent Monsieur, nous avons / quelque chose pour vous, un diagnostic, / pour mieux dire, nous vous en offrons deux / aujourd’hui, une forme paranoïde de schizophrénie / et une hépatite B chronique, Monsieur. (..)

Stanka Hrastelj, Fierté (trad. du slovène Barbara Pogacnik)

 

il y  a la huppe // et les ramiers roucoulent. / . ils prolongent le calme souverain de mai// à deux miles d’ici / les jeunes // les barrages… /. et le plomb au-dessus des têtes. / . et le plomb dans la tête (..)

Hazem Alazmah, Barrages (trad. de l’arabe Jean-Charles Depaule)

 

Quand / le poète est mort / des mots se sont mus / et envolés au-dessus du cercueil / des mots entre ses lèvres / ont eu un besoin / de profanation

Moncef Mezghanni, Mémorial, (trad. de l’arabe Aymen Hacen)

 

(..) pour l’odeur des livres poussiéreux des bouquinistes / prononcez la troisième lettre du nom / d’un ouvrier analphabète / pour le tailleur de votre quartier retrouvé mort en loques / veuillez patienter s’il vous plaît // pour l’instant suspendu / où dans votre sommeil vous avez caressé le cou de cette femme / appuyez en boucle sur le même numéro // le lendemain de son départ / écrivez cent fois dans votre cahier je ne tomberai plus jamais amoureux. // biiIp

Efe Duyan, Centre d’appel (trad. du turc Célin Vuraler)

Ouf!

 

 

 

 

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Poésie au quotidien (7)

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(Rochefort-sur-Loire, Marché de la Poésie, juillet 2014)

Je n’imaginais pas, en me rendant au Marché de la Poésie de Rochefort-sur-Loire, me retrouver vêtue de papier des pieds à la tête. Même si le dit marché décore les lieux de lectures de tulipes géantes en papier.

Je n’imaginais pas non plus que des hommes bleus me réciteraient, l’un un poème du XIIIè siècle, l’autre « Après la bataille » de Victor Hugo, dans une pièce verte et sombre.

Je  n’imaginais pas qu’un aussi petit chien allait changer à jamais ma ligne de coeur en me mordant la main, dans le train pour Rochefort.

Me voilà donc dans la salle d’opération de la clinique de la main à Angers, avec un chirurgien et un infirmier tout en bleu, qui, ni une ni deux, quand je leur dis que je me rendais à une lecture de poésie à Rochefort, se lancent, chacun leur tour, dans un élan poétique en me récitant leur poème préféré. Je suis allongée toute en papier, je souris, les remercie, maudissant ma mémoire de poisson rouge qui m’empêche de leur dire un poème. J’ai du mal à me concentrer avec ce qu’on m’a mis dans la perfusion. J’en redemande un peu. J’ai mal un peu. Je me sens mieux un peu.

Quand même, le dimanche, je vais à Rochefort. Je ferai ma lecture l’après-midi. Ce chien n’aura pas toute ma peau. Amis, poètes, bénévoles, élus, sommes attablés le midi. Une jeune femme demande si on est poète tout le temps ou seulement lorsque l’on écrit. Je lui réponds tout le temps. Je me sens tout le temps poète. Mes amis répondent de même et avouent des trucs un peu dingues pour transformer leur vie quotidienne. Une manière d’habiter le monde poétiquement. J’ai passé tout le temps de l’opération, de l’attente (une journée), des visites, à me demander comment j’allais transformer tout ça sous l’écriture. Je ne voyais pas des pièces, des gens, je voyais des couleurs, des mots. Je ne voyais pas un bras mort pendant huit heures après l’intervention, je ne remarquais que l’effet du vent sur ma main qui s’envolait comme une feuille. Je notais les noms des médecins rencontrés, m’amusais de leurs noms, Beaumatin, Spiroux, de lieux comme Le Village de la Santé, souriais du nom du chien, Mouloud. Et de ne retenir de cette journée interminable que les quelques minutes de poésie dite par les deux médecins.

J’aurais pu dire le poème de Desnos sur le chat, Le chat qui ne ressemble à rien. J’aurais rythmé ma lecture avec le bruit du papier de mes vêtements. J’aurais fait une performance. J’ai toujours préféré les chats.